Les Noix de Florent

Début juillet 2017, Florent Peyrus, producteur de noix pour l’AMAP de Bures, a accepté de nous recevoir pour nous parler de son parcours et décrire son exploitation.

Florent est maraîcher et nuciculteur, c’est à dire producteur de noix. Il est installé depuis 6 ans sur une exploitation située à Saint-Sozy, dans le département du Lot à 40 km au sud de Brive-la Gaillarde. Avant de faire le choix du maraîchage bio, il a travaillé environ 10 ans dans le tourisme en France et à l’étranger. Florent ne vient pas d’une famille d’agriculteurs, sa reconversion a été motivée par le désir de travailler « au pays », en plein air, à son compte, sur un projet en accord avec ses convictions sur l’agriculture et la façon de se nourrir. Après un an de formation à Gramat, il s’est installé sur des terres familiales à Saint-Sozy : 6500 m² de potager en plein champ, 2500 m² plantés  de jeunes arbres fruitiers, et plusieurs parcelles contenant environ 55 noyers. Le potager jouxte la maison de Florent, le long d’une petite route qui surplombe la Dordogne. Les parcelles de noyers, elles, sont dans la vallée. Grâce à son enthousiasme et à l’entraide avec 3 producteurs voisins, il a pu pérenniser son exploitation. Il travaille seul, parfois aidé d’amis, de « wwoofeurs » ou de stagiaires, et essaie de produire 25 à 30 légumes différents sur l’ année.  Il produit 25 paniers par semaine, 9 mois sur 12,  qu’il vend maintenant en totalité à l’AMAP de Brive.

 

 

Florent devant sa ferme

La production de noix, certifiée bio, est assurée essentiellement par des arbres plantés il y a 50-60 ans par le grand-père de Florent. Ces arbres sont âgés, et un ou deux  meurent chaque année, en particulier à cause des vagues de chaleur. Florent remplace ces arbres par de jeunes noyers, qui seront pleinement productifs dans quelques années (8-10 ans). Un noyer « adulte » produit 40 à 50 kg de noix par an. Les noyers sont de deux variétés, traditionnelles dans la région : Marbot et Franquette ; depuis quelques années on voit apparaître des variétés précoces (Lara) ou destinées à la conservation (Fernor).

Régulièrement Florent entretient les parcelles de noyers en éliminant l’herbe qui y pousse et qui pourrait entrer en compétition pour l’eau avec le système racinaire des arbres. Chacun sa méthode, Florent utilise des outils à dents (cultivateur, vibroculteur), d’autres nuciculteurs y font paître leurs brebis, et d’autres encore utilisent des produits chimiques !

 

Noyer ayant souffert de la chaleur.

Noyer ayant souffert de la chaleur.

 

Peu avant la récolte, qui a lieu entre le 15 octobre et le 15 novembre, l’herbe est totalement éliminée à l’aide d’un tondo-broyeur afin d’éviter toute humidité au sol qui ferait noircir les noix tombées en 3-4 jours. Le rouleau à l’arrière du broyeur permet d’aplanir le sol ce qui facilite grandement la récolte faite à la main ou à l’aide d’un « ramasse noix » , Toute la famille de Florent est mise à contribution durant le mois de récolte. Enfin les noix sont étalées sur des séchoirs en liteaux de bois, naturellement ventilés dans les greniers de la ferme. Florent brasse les noix tous les 3-4 jours afin d’assurer un séchage homogène et rapide.

Pour la récolte, les plus grosses exploitations utilisent des secoueurs mécaniques. Les noix tombées sont ensuite rapidement ramassées par des machines, qui ramassent aussi cailloux, feuilles et noix vertes que le secoueur a fait tomber. Il faut alors une écaleuse pour éliminer le brou (écorce qui enveloppe la noix), puis laver les noix et les sécher avec un séchoir chauffé au bois ou au gaz.

 

Séchoir

Séchoir

En 2016 Florent a récolté 1,7 tonne de noix, après séchage, et en a utilisé 280 kg pour produire de l’huile. Les noix sont vendues aux AMAP de Brive et de Bures, ainsi qu’à la coopérative locale. 2016 a été une bonne récolte, sans être exceptionnelle. Par contre, des gelées tardives fin avril 2017 ont été très dévastatrices. Certains noyers, même des arbres « majestueux », ne portent aucune noix, d’autres sont entièrement noirs : les feuilles et les chatons (les fleurs qui donneront les noix) sont morts. La région n’a pas connu cette situation depuis plus de 20 ans. Florent estime que la récolte 2017 sera d’environ 400-500 kg et a donc déclaré  70-80 % de pertes pour un éventuel classement en catastrophe naturelle. La production de noix représente 25 % du chiffre d’affaire de l’exploitation, c’est donc un coup dur . La maigre récolte de noix sera destinée uniquement aux AMAP de Brive et Bures, Florent nous tiendra au courant dès que possible du nombre de contrats qui pourront être souscrits à Bures.

Sylvie et Vincent Thuillier